Alerter les secours en montagne : les bons réflexes en Ariège
Un accident en montagne se gère d'abord avec un téléphone et de la méthode. Les numéros d'urgence sont simples, mais l'efficacité du secours dépend surtout de la qualité des informations transmises et de votre capacité à dire où vous êtes. Voici la marche à suivre, applicable partout en Ariège.
Un secours réussi commence par une alerte claire. Le reste — l'hélicoptère, l'équipe au sol, l'évacuation — dépend de ce que vous aurez su dire dans les deux premières minutes de l'appel. En Ariège, les interventions en terrain montagneux relèvent du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), implanté à Savignac-les-Ormeaux, en haute vallée de l'Ariège. Mais vous ne l'appelez pas directement : vous passez par un numéro d'urgence, qui déclenche la chaîne.
Les numéros à connaître
Trois réflexes suffisent.
- 112 : numéro d'urgence européen, gratuit, valable dans toute l'Union européenne. C'est celui à retenir en montagne, notamment près de la frontière andorrane ou espagnole, où votre téléphone peut basculer sur un réseau étranger.
- 15 (SAMU), 17 (gendarmerie et police), 18 (sapeurs-pompiers) : les numéros français. Ils aboutissent tous à une régulation qui transmet au service compétent. En Ariège, une alerte passée au 17 ou au 112 pour un accident en montagne est orientée vers le PGHM.
- 114 : numéro d'urgence national pour les personnes sourdes, malentendantes, sourdaveugles ou aphasiques, accessible par SMS, tchat, visiophonie et fax, gratuit et ouvert en permanence. Il est aussi utilisable par une personne entendante qui ne peut pas parler sans se mettre en danger.
Le PGHM de Savignac-les-Ormeaux dispose d'un numéro administratif, le 05 61 64 22 58, mais il ne remplace pas l'appel d'urgence : en cas d'accident, composez le 17 ou le 112.
Ce que vous devez dire, dans l'ordre
L'opérateur mène l'entretien. Votre travail consiste à répondre vite et sans broder. Préparez mentalement ces points :
- Où vous êtes : commune, vallée, nom du sommet, du col, de l'étang ou du sentier, versant, altitude approximative, et surtout vos coordonnées GPS si vous pouvez les lire.
- Ce qui s'est passé : chute, malaise, glissade sur névé, coulée, épuisement, égarement.
- Combien de personnes sont concernées, et leur état : conscientes ou non, respirent-elles, saignent-elles, peuvent-elles marcher.
- Les conditions sur place : visibilité, vent, pluie ou neige, nature du terrain (pierrier, herbe raide, forêt, paroi), présence d'une zone dégagée pour un hélicoptère.
- Votre numéro de téléphone et l'autonomie restante de la batterie.
Ne raccrochez jamais le premier. C'est la régulation qui met fin à l'appel, et elle vous rappellera probablement. Gardez la ligne libre et le téléphone allumé.
Être localisé : le point qui fait la différence
« Au-dessus de l'étang, sur la gauche » ne suffit pas. Apprenez, avant de partir, à afficher vos coordonnées sur votre téléphone : les applications de cartographie courantes, dont celle de l'IGN, permettent de lire la position en latitude et longitude. Notez-les, lisez-les lentement, faites-les répéter.
Deux précisions utiles. D'abord, le GPS fonctionne sans réseau : votre position reste calculable même sans barre de couverture, alors que la carte, elle, ne s'affichera pas si elle n'a pas été téléchargée à l'avance. Téléchargez vos fonds de carte hors ligne la veille. Ensuite, les téléphones récents transmettent automatiquement une localisation au service d'urgence lors d'un appel au 112 : raison de plus pour privilégier l'appel à tout autre canal.
Si vous partez seul, prévenez une personne de votre itinéraire et de votre heure de retour prévue. C'est la mesure la plus simple et la plus efficace, celle que nous rappelons dans notre guide pour choisir sa première randonnée en Ariège.
Réseau en vallée ariégeoise : composer avec les trous
Les vallées ariégeoises sont encaissées. Le Vicdessos, le Biros, le haut Couserans, le Donezan comportent de larges secteurs sans couverture, et le fond de vallée est souvent moins bien desservi que la crête au-dessus. Quelques réflexes :
- Si l'appel échoue, montez. Quelques dizaines de mètres de dénivelé ou le passage d'un replat à une épaule changent parfois tout.
- Un appel au 112 peut passer par le réseau d'un autre opérateur que le vôtre. Essayez même sans barre de signal affichée.
- Quand la voix ne passe pas, un SMS peut parfois sortir : envoyez votre position à un proche en lui demandant d'alerter.
- Économisez la batterie dès l'instant où l'accident survient : luminosité au minimum, mode avion entre deux tentatives, téléphone au chaud contre le corps par temps froid.
- Envisagez une balise satellite si vous pratiquez seul, hors sentier ou en hiver.
En attendant les secours
Le délai dépend de la météo, du relief et de la disponibilité des moyens aériens. Partez du principe qu'il sera plus long que vous ne l'imaginez.
- Sécurisez d'abord la zone : écartez le groupe d'une pente instable, d'une chute de pierres, d'un bord de barre.
- Protégez du froid. L'hypothermie est l'ennemi principal d'un blessé immobile, même en automne par beau temps. Isolez du sol, couvrez, utilisez la couverture de survie.
- Ne déplacez pas un blessé suspect d'atteinte au dos ou au cou, sauf danger immédiat.
- Rendez-vous visible : vêtement de couleur vive, lampe frontale à la nuit tombante, position dégagée.
- À l'approche de l'hélicoptère, rangez tout ce qui peut s'envoler, restez groupés, accroupis, et ne courez pas vers la machine. Le signal internationalement reconnu : les deux bras levés en Y pour demander de l'aide, un seul bras levé pour signifier que tout va bien.
À noter avant chaque sortie
- Numéros en mémoire : 112, et 114 par SMS si vous ne pouvez pas parler.
- Cartes téléchargées hors ligne, batterie chargée, batterie externe dans le sac.
- Itinéraire et heure de retour communiqués à un proche.
- Couverture de survie, lampe frontale, sifflet, une couche chaude de plus que prévu.
Automne et hiver : deux précautions supplémentaires
À partir des premières neiges, le terrain change plus vite que les habitudes. Les névés durcis, les pentes gelées au petit matin et les jours courts produisent l'essentiel des accidents de saison. Dès qu'il y a de la neige hors des pistes damées, consultez le bulletin d'estimation du risque d'avalanche de Météo-France, réévalué chaque jour : c'est la seule source valable, et nous expliquons comment lire un bulletin d'avalanche sans se tromper de lecture.
Second point : si vous dormez en altitude, sachez que les refuges ne sont pas tous gardés toute l'année et que la couverture téléphonique y est inégale. Renseignez-vous en amont, notamment si votre plan de secours repose sur un appel depuis le refuge — nos repères sur le fonctionnement des refuges ariégeois vous éviteront une mauvaise surprise.
À qui cet article ne suffit pas
Savoir alerter n'est pas savoir secourir. Si vous pratiquez régulièrement seul, en course d'arête, en ski de randonnée ou en canyon, une formation aux premiers secours et, pour la neige, une formation spécifique à la recherche de victime d'avalanche, restent indispensables. Aucun article ne remplace des gestes répétés en situation.
Une alerte précise, passée tôt, vaut mieux qu'une tentative d'évacuation improvisée.
Sources
- lannuaire.service-public.gouv.fr/occitanie/ariege/83269ae4-0243-47ad-b
- fr.wikipedia.org/wiki/114_(num%C3%A9ro_d'appel_d'urgence)
- pyrenees-atlantiques.gouv.fr/Actualites/114-c-est-le-numero-d-urgence-
- aphp.fr/actualites/le-114-est-le-service-public-gratuit-reserve-aux-pe
- cafnorddauphine.ffcam.fr/numeros-de-telephone-des-secours.html
- en.pyrenees-ariegeoises.com/offers/pghm-peloton-de-gendarmerie-en-haut